Dominique Adechi est une femme admirable

Basée à la Banque Alimentaire de Bordeaux, elle transforme en priorité les fruits qui arrivent en grosse quantité en de délicieuses confitures peu sucrées.

J’adore aller chercher les confitures chez Dominique et regarder ses deux petites marmites en cuivre cuire doucement ces fruits à pleine maturité, me dire que ces fruits vont avoir une deuxième belle vie et ravir mes clients. Aujourd’hui donc, comme à chacun de mes passages, ma venue commence par un grand « Bonjour Dominique! » suivi de très près par « qu’est-ce que tu nous prépare de bon aujourd’hui? » .

De la confiture de figues d’un côté, et de la prune. Je n’ai jamais été une grande consommatrice de prune. Souvent déçue car pas assez mûres ou trop mûres, je n’arrive jamais à les apprécier. Mais en voyant les caisses de jolies prunes prêtes à être nettoyées, je ne pu que m’interroger face à cette variété étrange. Des prunes de couleur rose violacé et de forme oblongue, je n’en avais jamais vu de telles, c’est alors que Dominique m’expliqua: se sont des prunes d’Ente! Ces prunes sont récoltées dans le Sud-ouest, surtout dans le Lot-et-Garonne et servent à faire… les pruneaux d’Agen!

Dominique n’utilise que ces prunes pour les confitures de prune qu’elle nous fournit, car sa chair jaune et juteuse et naturellement très sucrée. La prune d’Ente m’a littéralement réconciliée avec les prunes.

Je vous partage une jolie histoire découverte en essayant d’en savoir plus, tirée de http://www.latelierdescouleurs.net: « Les pruniers seraient originaires de Chine et auraient gagné tout le bassin méditerranéen en passant par la Route de la Soie. Les Romains l’appréciaient particulièrement et en ont planté dans tout leur empire.»

Les Croisés ramenèrent d’Orient des greffons de prunier dans le Sud-Ouest. Les moines bénédictins de l’abbaye de Clairac, dans le Lot-et-Garonne croisèrent ce prunier de Damas, appelé aussi prunier « Dattel » ou « Datte » en raison de sa forme, avec un prunier local (d’après certains, le prunier de Saint-Antonin). Le prunier d’Ente était né. Son nom vient d’enter, mot signifiant « greffer » en ancien français. La prune portera aussi le nom de « Robe de Sergent » en raison de sa couleur rouge violacé relevé de bleu qui rappelait l’uniforme des chevaliers de guet.

Les prunes d’Ente sont surtout utilisées pour fabriquer le fameux « pruneau d’Agen ». Depuis l’Antiquité, les prunes étaient conservées séchées au soleil. Les bénédictins de Clairac ont vite compris que la prune d’Ente était une variété particulièrement adaptée au séchage. Dès la moitié du XVIe siècle, on utilisa les fours à pain pour finir le séchage de la prune. Les pruneaux étaient embarqués à Agen, qui avait un port sur la Garonne et, ainsi, devint la ville principale d’expédition de pruneaux, d’où leur nom de « pruneaux d’Agen ». Les gabares les transportaient jusqu’à Bordeaux d’où ils partaient sur des bateaux de haute-mer vers la Grande-Bretagne et la Hollande qui en étaient gros consommateurs. Les pruneaux faisaient partie de l’avitaillement de la Marine car ils étaient faciles à transporter et à conserver.  »

La prune d’Ente est donc directement liée à Bordeaux et je suis ravie de vous en proposer encore aujourd’hui, dans ces Hangars du port de la lune.

Anna